Madrid Mnémosyne
Deux ans vécus à Madrid et des souvenirs émouvants, intenses ou anecdotiques ; d’où l’idée de publier des images, quelques mots… et une citation d'un grand auteur. Ce petit jeu, modestement oulipien, nous encourage à partager des fragments de vie…
Intitulée Dürer Graveur – Du Gothique à la Renaissance, une exposition madrilène consacrée au génie de Nuremberg (1471-1528), se déroula, du 6 février au 5 mai 2013, dans l’une des salles de la Bibliothèque Nationale d’Espagne. 94 estampes furent présentées ainsi que 28 oeuvres de « condisciples » (Hans Golbein, Lucas Cranach, Hans Baldung Grien, Albretch Altdorfer, les frères Baham, Georg Pencz, Heinrich Aldegrever ou Hans Burgkmair).
La Mélancolie, gravure au burin, 1514
Les prodiges d’Albrecht Dürer (La Mélancolie, Rhinocéros, Saint Jérôme dans sa cellule…) étaient offerts à quelques centimètres des yeux du public, dans quatre espaces caractérisés par leurs thématiques (scènes religieuses ou allégoriques, images de la soldatesque ou de la vie campagnarde…).
Saint Michel terrassant le dragon, xylographie, 1498
Le chevalier, la mort et le diable, gravure au burin, 1513
Trois paysans conversant, gravure au burin, 1497
Nombre des pièces les plus précieuses de ce chapelet de 94 perles d’absolu proviennent de l’invraisemblable fonds de la BNE : 69 gravures au burin, 3 eaux-fortes, 150 xylographies, des ouvrages et trois traités, pour un total estimé à 500 œuvres.
L’escalier principal de la Bibliothèque Nationale d’Espagne (Photo St Saubole)
Après que nous l’eûmes visitée le même jour et que nous en parlions encore abasourdis, un artiste de notre connaissance se souvint de ces quelques mots qu’il attribua à Charles Baudelaire : « Il n’y a pas de progrès en art, qu’une succession de sublimes ».
Saint Jérôme dans sa cellule, 1514
Quelques recherches ultérieures nous permirent de débusquer des propos très proches d’un tiers, l’ historien d'art, essayiste et académicien français Pierre Rosenberg : « Le progrès en art n'existe pas. Il y a de grands artistes dans tous les siècles, et dans tous les pays, il y a des développements de style, mais il n'y a pas de progrès. »
Peu nous chaut que la citation fût l’œuvre d’autres ou résultât de réinterprétations successives… Ceci ne nous interdit pas de nous pencher sur l’une des étonnantes productions de l’auteur du Spleen de Paris, soit un texte datant de 1855 consacré à une exposition universelle parisienne (Méthode de critique_ De l’idée moderne du progrès appliquée aux Beaux-Arts _ Déplacement de la vitalité, Œuvres complètes de Charles Baudelaire, Michel Lévy frères, 1868 (II. Curiosités esthétiques, pp. 211-244).
Il y évoque notamment Ingres ou Delacroix et nous dit, par-delà les ans :
« Transportée dans l’ordre de l’imagination, l’idée du progrès (il y a eu des audacieux et des enragés de logique qui ont tenté de le faire) se dresse avec une absurdité gigantesque, une grotesquerie qui monte jusqu’à l’épouvantable. La thèse n’est plus soutenable. Les faits sont trop palpables, trop connus. Ils se raillent du sophisme et l’affrontent avec imperturbabilité. Dans l’ordre poétique et artistique, tout révélateur a rarement un précurseur. Toute floraison est spontanée, individuelle. Signorelli était-il vraiment le générateur de Michel-Ange ? Est-ce que Pérugin contenait Raphaël ? L’artiste ne relève que de lui-même. Il ne promet aux siècles à venir que ses propres oeuvres. Il ne cautionne que lui-même. Il meurt sans enfants. Il a été son roi, son prêtre et son Dieu. »
Et n’oublions pas, que, chaque jour, Dürer nous attend, en portrait, au musée du Prado…
Autoportrait, 1498
Stéphane Saubole
Rhinocéros, xylographie, 1515
Les pages dédiées à l’exposition Dürer Graveur sur le site de la Bibliothèque Nationale d’Espagne
http://www.bne.es/es/Micrositios/Exposiciones/durero/
Danse de paysans, gravure au burin, 1514








